Partir et vivre sa vie sans fuir

Ce blog prend son départ avec moi et une nouvelle étape de ma vie. Cela s’inscrit dans un nouvel espace, le Canada et une nouvelle échelle de temps, celle du présent. Partir outre-Atlantique est à la fois un décalage horaire, un décalage physique et un décalage culturel. Ces 3-Décalages constituent les bases de mon recentrage personnel.

Mon voyage en terre canadienne a commencé en juin 2019. J’ai déjà nombre d’impressions à partager mais avant cela, introduisons mon aventure et le blog qui l’illustrera. Revenons sur l’origine… Comment tout a commencé ?

Chercher la sortie

Un soir alors que je souffrais des suites d’une vie de couple disloquée, et que je me sentais privée de ma liberté d’agir tant que mon divorce ne serait pas prononcé, j’ai eu besoin de me donner des perspectives d’avenir, d’envisager une vie après… autre chose… ailleurs… C’était il y a un an environ.

Ce soir-là, j’ai sélectionné une porte de sortie, elle aurait pu être une fuite mais j’ai eu l’avantage du temps pour me préparer à la pousser, être prête à faire mes premiers pas et non risquer de m’effondrer face à l’inconnu. Je voulais un ailleurs et alors que je passais la nuit chez mes parents car la situation au « domicile conjugal » me devenait insupportable, des souvenirs ont résonné en moi, l’envie de voyage est revenue, éclairant d’une timide lueur le piège dans lequel j’avais le sentiment de me trouver. Le lointain rêve de parcourir un bout de monde, aller là puis là-bas… me rendre à cet endroit sur la carte, parcourir moi-même la distance et voir ce qui s’y trouve. Nourrir ma curiosité. Je réalisais que cela ne s’était jamais réalisé car je n’y étais pas ouverte, j’avais attendu ces dernières années… en vain et sans agir.

Résultat : je m’étais enfermée dans une vie qui remplissait mon vide intérieur d’amertume et de regrets refoulés. Ironie du sort, je m’étais déchargée de l’initiative d’agir en espérant rencontrer quelqu’un qui m’emmènerait ou en obtenant une fortuite offre de travail à l’étranger. Je me fourvoyais doublement, d’une part je n’entreprenais rien et attendais que des vœux secrets se réalisent, d’autre part je continuais à fixer dans ces aspirations la structure d’une vie conventionnelle… Être en couple et avoir un métier. J’étais mariée et en CDI en banlieue parisienne, j’habitais dans la ville où j’avais grandi. Si je voulais remplir ma vie comme j’y aspirais, encore me fallait-il reconnaître que cela avait du mal à entrer dans sa forme actuelle. Un dilemme qui semblait revenir à vouloir faire des madeleines avec de la pâte à crêpes… Et je n’ai jamais été très douée pour rentrer dans le moule !

Eviter la fuite en avant

Opter pour le PVT (Permis Vacances Travail ou Working Holiday Visa), c’était m’offrir un carrefour aux multiples directions. Sans toutefois savoir si j’atteindrais le point de départ. En effet, j’avais deux contraintes : l’obtention d’un PVT au Canada est le résultat d’un tirage au sort et il y a un âge limite duquel j’étais proche.

M’inscrire au bassin de candidats ne m’engageait pas à grand chose. Ce n’était pas comme prendre un billet d’avion ou postuler à un job qui aurait impliqué des actions déterminées et un choix… ni la fuite sur un coup de tête ni la recherche d’une situation en apparence stable. Toutefois ce soir-là, j’avais l’impression de franchir un interdit, une frontière que je m’étais moi-même fixée. Je faisais mon premier pas dans la liberté d’agir sur la route qui m’attirait.

Les mois suivants, j’ai fait l’expérience du désespoir et de la résignation, deux formes de l’expression de mes angoisses bloquant mon initiative personnelle. Je m’en remettais aux bons soins du hasard qui déciderait de mon sort. L’attente dans le désespoir d’obtenir une invitation et de faire partie des heureux élus d’un tirage au sort à 50/50, la moitié des demandeurs obtenaient leur sésame. Je consultais régulièrement le forum pvtistes.net pour suivre le décompte des places restantes. Pourtant une chance sur deux, cela reste une chance même si j’étais aussi résignée, me disant que je n’avais jamais de chance à ce jeu-là. Lorsque le bassin a été fermé fin 2018, j’étais déçue mais sans trop de surprise.

La conviction par le temps

La période écoulée entre mon inscription et la fermeture du bassin à la fin de l’année 2018 m’avait permis de réaliser que ce projet de PVT était plus qu’une idée passagère et je commençais à bâtir un avenir sur cette possibilité. J’avais envisagé de partir en Allemagne mais mon projet de mutation n’avait pas abouti. J’en avais été anéantie un moment car j’avais construit de très fortes attentes sur cette opportunité, une solution professionnelle toute prête pour m’alléger du poids de réellement réfléchir à la vie que je souhaitais avoir et poursuivre dans la voie socialement reconnue de la progression de carrière.

En réalité je n’étais pas sereine dans ma vie professionnelle. Je poursuivais mes objectifs dans un esprit de compétition par rapport à mes collègues, pour évoluer dans l’entreprise, pour gagner plus, pour être reconnue. Je cherchais à réaliser un niveau de performance qui ne finissait pas de s’élever. C’était l’engrenage.

La course au toujours plus est plus facile à suivre que l’établissement d’un équilibre. Malgré ma pratique de la course à pied, j’ai bien du mal à appliquer à mon attitude mentale ce que la pratique de l’athlétisme en compétition m’a enseigné… Mon état d’esprit vivait la situation du corps d’un athlète de fond qui chercherait à aller toujours plus vite en s’entraînant toujours plus fort et plus souvent. A agir ainsi, les phases de récupération sont négligées, les résultats sont atteints pendant un temps mais c’est l’usure assurée, le pétage de plomb, l’explosion en plein vol. Il faut alors généralement plus de temps pour reconstituer son énergie une fois la limite atteinte que le temps total de récupération qui aurait été nécessaire pour des résultats progressifs sur la durée.

De l’idée au projet voulu

De cette envie revenue me visiter un soir, de cette frustration subie depuis près de dix ans a émergé un projet solide qui s’est construit peu à peu. Le premier effort a été de m’en convaincre moi-même. Ma vie a doucement pris cette voie en éliminant les autres, sans décision hâtive et définitive, en les pesant avec considération.

Dans ces soubresauts de mon âme prise entre mes aspirations de liberté et le devoir d’une vie socialement reconnue, j’ai pris acte de mon besoin de partir, de l’importance de la mise à distance physique. Mon idée de la vie quotidienne et mes aspirations avaient changé depuis l’été, j’étais en train de prendre conscience de ce qui clochait depuis plusieurs années et je l’acceptais. Je reconnaissais l’importance de l’environnement dans la vie que je souhaitais mener. La fameuse pâte à crêpes avait besoin d’un nouveau périmètre.

A la date d’inscription au nouveau bassin début 2020, je sentais que ma volonté avait mûri et que j’étais prête à envisager le départ pour ce qu’il était et non en tant que voie de secours. J’ai commencé à y voir un lieu où faire éclore la personne qui sommeillait en moi. Elle n’attendait plus que le signal de la première lueur qui arriva alors peu de temps après ma réinscription.

Quand le rêve peut devenir réalité

Deux jours après avoir annoncé à de proches amis que je ne gagnerais pas à cette loterie, j’obtenais l’invitation à présenter ma demande de PVT et les documents nécessaires. Ce n’était plus qu’une question de temps, le plus dur avait été obtenu et j’étais prête à m’engager dans cette direction que la boussole de mon instinct avait doucement indiquée.