Pacific Standard Time

De la préparation du départ à celle de l’arrivée

PVT de 2 ans validé en quelques minutes, et me voilà dehors à respirer l’air canadien, je suis soulagée et j’apprécie la rapidité de la procédure… A y repenser aujourd’hui, je réalise que ce passage de frontière ne dépendait que d’avoir été consciencieuse dans mes devoirs de voyageuse internationale. En fait, j’étais parée, j’avais fait ma checkliste à l’aide de forums dont le bien nommé pvtistes.net, d’infos glanées sur Facebook et auprès d’ex-PVTistes. Des infos que j’avais lues et relues, j’avais amassé ces précieux documents dans ma pochette aux trésors. J’avais photocopié ces papiers, les avais contrôlés, et bien sûr recontrôlés.

Dans ma pochette d’arrivée, il y avait aussi mes dollars canadiens. Ceux que j’avais fièrement été chercher dans un bureau de change parisien. Avoir des devises étrangères, c’était du concret ! J’étais retournée au bureau de change où un an auparavant j’avais obtenu des dollars US pour un autre voyage… L’aventure du Speed Project. Cela m’avait replongée dans d’émouvants souvenirs, l’amorce de ma mutation, l’événement pivot qui m’avait fait changer de cap et me menait de nouveau en Amérique du Nord.

SkyTrain to Paradise

Maintenant j’utilise mes dollars canadiens, ceux qui m’ouvrent le début de mon itinéraire canadien. De beaux billets de la toute dernière collection. Faussaires et machine à laver n’en viendront pas à bout ! Je ne saurais plus parler de papier à monnaie, le matériau semble pouvoir résister aux traces que laissent les innombrables transactions dans la vie d’un billet. Mais voilà, sans plus de cérémonie dans mon besoin immédiat, l’un d’entre eux entame son périple transactionnel au Canada par la bouche vorace d’un guichet automatique. En échange, je récupère mon ticket et vais me poster sur le quai dans l’attente du SkyTrain. Un trajet de 90′ de l’aéroport à ma destination dans Vancouver par la Canada Line…

Rapidement la métropole se dévoile au loin, à la sortie d’une courbe, je distingue alors les immeubles du downtown qui se dressent devant une haute chaîne de montagnes comme une superposition de Francfort sur le Main et de Grenoble. Quand mon esprit produit devant la nouveauté d’inattendues associations ! Autant de souvenirs qui refont surface dans l’intensité de cette longue journée que je suis en train de vivre.

Le temps est magnifique, je baigne dans le bleu. Nous sommes aspirés par la City, les arrêts s’enchaînent, je me sens respirer dans cette rame où j’ai la place de m’asseoir et de décharger un temps mes épaules.

Et puis un tunnel, de ceux qui nous signifient l’approche du cœur vibrant tandis que nous ne pouvons plus voir… Je deviens aveugle de l’espace mais je sais… je sens…

Ceci n’est pas un film…

Je retrouve la vue à Cityhall Broadway où je prends une correspondance, le bus 99-b. Une ligne express qui m’immerge soudainement dans la topographie urbaine de l’Amérique du Nord. Un parcours remarquablement simple à suivre… Il file tout droit sur Commercial Drive, les arrêts sont au nom des rues qui la croisent à la perpendiculaire. Depuis l’intérieur du bus empli de passagers à l’approche de la fin de journée, je vois défiler mon premier film vancouverois, grandeur nature sous une lumière éblouissante. Les commerces passent dans une frénétique bande de couleurs. Sur la gauche du bus, la ville s’étale en contrebas. Parfois une touche luxuriante, un parc, ou une ouverture, un terrain de sport. Le trafic est important mais pas congestionné, le bus se propulse rapidement mais la rue est encore bien assez longue pour la voyageuse avide de voir ce qui sera mon prochain terrain de découvertes.

L’heure du check-in

Après ces heures de voyage et de déplacement, c’est l’heure d’arriver, de bientôt déposer ma carapace de backpacker. A proximité de Broadway/Commercial Drive, je trouve à l’adresse de mon hébergement. Une haute maison brune, une façade typique faite de bardeaux de bois. A l’avant un escalier d’une hauteur impensable donne un aspect massif à la demeure. Les marches mènent à une galerie couverte. Deux portes juxtaposées donnant vraisemblablement accès à différents étages.

Shelley vient à ma rencontre alors que je passe le battant de bois de la clôture. Nous contournons la maison et je comprends rapidement pourquoi la maison paraissait aussi haute, le bas de la maison est aménagé en appartement, l’un donnant sur la rue, l’autre sur un jardin ou arrière-cour. Bienvenue dans mon premier basement, nous en reparlerons !

La rencontre est chaleureuse, informelle et me met tout de suite à l’aise. Nous discutons longuement avant que je ne défasse mon sac et prenne une douche. Tout se déroule naturellement et j’apprécie de pouvoir arriver à l’autre bout du monde avec un projet de 2 ans sans encombres dans un accueil aussi sympathique.

Le soleil brille, le ciel est bleu, l’air est chaud, c’est simple, voilà l’été sans être étouffant… ce que j’ai laissé derrière moi à Paris… ce matin ? Hier ?

Bref, je passe en mode débardeur-short de rigueur sur la côte Pacifique même dans le septentrional Canada et je pars en quête de ravitaillement.

L’âme en peine du ventre

Shelley habite à proximité d’une gare entourée de commerce et j’aperçois le Commercial Drive en ligne droite bordée d’innombrables enseignes, voilà un terrain de jeu qui devrait me plaire. Ambiance de quartier, je ne baigne pas ici dans une marée de touristes.

Mais j’ai un objectif avant d’être assommée par la fatigue qui commence à me gagner. Courses au Safeway. J’erre dans les rayons entre épuisement et curiosité. A déchiffrer les étiquettes de prix, à chercher les rayons, me souvenir que les œufs sont réfrigérés, méditer sur le beurre de cacahuète qui emplit autant de linéaire que les tablettes de chocolat en France, me délecter à l’idée du gruau au petit déjeuner, me désespérer du yaourt vendu en pot de 650g et en plastique. Mon cerveau ne fonctionne plus au radar. Le décalage horaire va se faire aussi progressivement que la re-prise de repères quotidiens.

How are you today ?

Passage en caisse, il y a un peu de monde à cette heure, étonnant ! La file avance tranquillement, l’employée salue systématiquement le client d’un « Hello ! How are you today ? » puis range consciencieusement les articles dans le cabas tendu par le client ou lui propose un sac.

Phase d’adaptation face à un contact bien différent de celui de nos supermarchés où généralement l’échange d’énoncés de plus d’un mot tend à disparaître ou à déranger le reste de la file. Dois-je retourner la question ? Ou bien simplement répondre ?

Entre les refrains des How are you today ? vibrent les réponses des couplets individuels. Je suis certaine que le mien est une mélodie unique aujourd’hui, je serais bien tentée de déclamer ma nouvelle partition fraîchement entamée. Je me contente de sourire, de répondre et d’apprécier l’instant. Rien que ce court énoncé à un endroit aussi trivial que la caisse est pour moi un indice de l’esprit des lieux, celui que je suis venue rechercher.

Mes emplettes au bout des bras, je peux rentrer… prendre du repos et trouver du confort dans la satisfaction du voyage bien accompli et d’un lendemain d’exploration.

I feel terrific, thank you !