Fin de shift

Ce matin il pleuvait à fines gouttes dans la nuit noire, le crachin s’essayait à un trompe-l’œil neigeux dans le faisceau terne des lampadaires, vaine tentative.

Je descends la rue, une ombre repliée sur un pas de porte. Celle de ceux qui doivent trouver refuge la nuit dans la verticalité des devantures. J’en ressens d’autant plus le sommeil qui règne encore. Celui de ceux qui profitent du repos horizontal à l’abri d’un toit.

Maintenant le ciel se dégage, il n’aura bientôt plus rien de ce dont il souhaite se débarrasser. Les nuages mettent les voiles et se dispersent en fine brume alors que le soleil fait une percée. Les flancs des montagnes fument à la cime des sapins.

J’accueille avec plaisir cette lumière. L’humidité s’évapore alors que mon cœur se soulève et pousse en surface de l’eau cherchant à s’échapper, mes yeux se voilent.

C’est la fonte. Des sensations passées se découvrent.

Il y a comme un air de printemps.

Une nostalgie émerge.

Des oiseaux chantent.

Un début de printemps quelque part, avant, quand ?

Un avion dans le ciel.

Un appel d’air, envie d’un mouvement. Retour ou départ ?

Au parc, sous le pavillon. Les gouttes s’accordent à son métronome hivernal, la neige qui fond.

Le train siffle en bas. Il ne daigne transporter que des marchandises.

Contemplation passée des contours d’une campagne aux dernières heures de l’hiver.

Ailleurs. Aller ? Retour ?

Les sapins se délestent de leur poudre.

Marcher, l’air encore frais. Un bord de lac, un début de randonnée. Forêts, sentiers.

Il y a des années. Excursion en terre bavaroise. Une échappée solitaire aux alentours du Starnberger See. Ressourcement par monts et par vaux. Une carte pour guide, les rails conducteurs. De la frénésie de la gare aux ondulations paisibles du lac. Grimper les reliefs puis le marche-pieds. Emportée dans les côtes puis légère sur le quai.

Vrombissement de moteur. Virage. Des pneus patinent dans l’amas de neige.

Le soleil est passé derrière la crête à l’ouest.

Rentrer maintenant. Trajectoire retour au présent.

Aller trouver le sommeil au règne des souvenirs éveillés par cet instant fugace.